Blanche comme un drap
Éditions Fonfon / Texte de Chloé Varin et illustrations de Rémi Allen
Blanche se sent invisible aux yeux de tous, particulièrement de ses parents. Factures, travail, cellulaire, jappements du chien… tout semble plus important qu’elle. Sa rencontre avec Canaille, une chienne qui la voit réellement, pour qui elle n’est pas invisible, lui redonne une joie de vivre et le courage de s’affirmer.
Récit poétique très touchant superbement accompagné d’illustrations tout en douceur, mais tout de même percutantes. À l’époque où l’on s’inquiète de la surutilisation de la technologie par les enfants et les adolescents, cet album vient renverser les rôles et rappeler aux parents que leurs actions, ou inactions peuvent avoir de grandes répercussions sur leurs enfants. Abordant en parallèle la négligence et l’affirmation de soi, ce livre est nécessaire autant pour les enfants que pour les parents.
J’attends à la fenêtre
Soulières éditeur / Texte d’Yvan DeMuy et illustrations de Jean Morin
Ce texte poétique décrit l’attente pleine d’espoir envers ses parents d’un jeune garçon placé en famille d’accueil, espoir qui se transforme, au final, en désillusion. La déception, la douleur et la solitude sont omniprésentes dans ce livre qui se termine néanmoins sur une note positive lorsque le narrateur accepte de vivre dans sa nouvelle famille d’accueil.
J’attends à la fenêtre aborde un sujet difficile et peu traité dans la littérature jeunesse. Le texte en vers est facile d’accès et met très bien en scène les émotions du jeune garçon. Les illustrations vives et colorées accompagnent magnifiquement le texte et permettent aux jeunes lecteurs de s’approprier cette difficile réalité. L’image de la fenêtre en noir et blanc d’où l’on aperçoit le narrateur tout au long du livre est percutante, mais tellement parlante! L’adéquation parfaite entre le texte et les illustrations fait de ce livre un outil précieux et audacieux pour le milieu scolaire tout autant que pour les familles.
Je t’écris de mon lit
Éditions Les 400 coups / Texte de Maude Nepveu-Villeneuve et illustrations d’Agathe Bray-Bourret
L’album épistolaire de Maude Nepveu-Villeneuve offre aux enfants une magnifique histoire d'amitié, de solidarité, de résilience et d'espoir.
Durant sa longue hospitalisation, Jacob et son amie Zia partagent leur quotidien respectif : journées d’école et traitements médicaux. Par Jacob et Zia, le thème de la maladie est abordé avec délicatesse et permet aux enfants de démystifier une réalité qui leur est souvent cachée afin de les protéger. Comme dit Jacob : “J'ai l'impression que tout le monde me raconte des histoires. Ils doivent penser que je suis trop jeune pour entendre la vérité.” (p. 25)
Les magnifiques aquarelles et dessins créés par Agathe Bray-Bourret ajoutent une touche lumineuse à la correspondance. Ensemble, le duo de créatrices a créé une œuvre permettant d’aborder plus facilement avec des élèves la maladie d’un proche. Pour qualifier cet album, rien de mieux que de reprendre un adjectif utilisé par Zia : "Génialoïde”! (p. 22)
Le pouvoir des sous noirs
Éditions de la Bagnole / Texte de Sara Dignard et illustrations d’Agathe Bray-Bourret
Comment aborder les problèmes de santé mentale des parents dans un album destiné aux enfants? Par le biais de l’amour, de l’humour, de la poésie et à travers le regard d’une petite fille qui cherche des solutions pour aider son père à se sentir mieux.
Sara Dignard nous présente Alix, une fillette qui vit une semaine sur deux chez son papa qu’elle compare, à la page 16, à un aimant : “il a deux pôles en lui : un père heureux et un père triste. Entre les deux, je me sens perdue.” À l’instar de son père qui lui met des sous noirs sous les pieds pour l’aider à la soulager lorsqu'elle a des poussées de croissance, Alix se dit que ces mêmes sous noirs peuvent peut-être aussi aspirer le mal de son papa, ce mal qu’elle compare aux saisons : le printemps, tout est nouveau et excitant, l’été, il se fout de tout, l’automne, l’anxiété apparaît et l’hiver, tout va très mal.
Agathe Bray-Bourret complète à merveille cet univers par des illustrations remplies de lumière, de de beauté et d’humour, pour qu’à travers la réalité de ces situations difficiles, la Vie, même imparfaite - je pourrais dire - toujours imparfaite, soit célébrée.
Une œuvre essentielle sur un sujet peu abordé en littérature jeunesse. Merci aux créatrices!
La souffleuse
Éditions D2Eux / Texte de Larry Tremblay et illustrations d’Enzo
La souffleuse, c’est le récit d’un chasse-neige humanisé qui nous raconte le pire cauchemar qu’il a déjà fait : des tonnes d’enfants tombant du ciel comme des flocons et qu’il déchiquète sur son passage… Le lendemain de ce rêve quelque peu angoissant, celui-ci devient presque réalité lorsque la souffleuse s'engage dans la rue des P'tits chenapans, où les douze enfants de la famille Beaudin l’attendent pour la narguer…
Larry Tremblay nous offre un texte à la fois déroutant, audacieux, mais aussi empreint de douceur et de poésie. Un récit évoquant la fable où le lecteur est totalement aspiré par la tension narrative. Les illustrations d’Enzo font corps avec cet univers insolite : les teintes douces et le trait arrondi côtoient les gros plans afin de créer l’effet d’étrangeté, offrant ainsi aux jeunes lecteurs leurs premiers frissons d’horreurs.
Voïvod : le thrash métal expliqué aux enfants
Éditions de la Bagnole / Texte et illustrations de PisHier
Expliquer l’histoire, le style et l’influence du groupe thrash métal Voïvod aux enfants du Québec et par ricochet, à leurs parents, : WOW! Quelle ambition et quelle audace!
Ce défi, l’auteur PisHier l’a réussi avec brio. C’est avec des dessins minimalistes punk et un texte finement rédigé que l’on réalise l’ampleur du travail et du talent artistiques des membres du groupe de Jonquière et que l’on comprend l’importance de Voïvod dans le mouvement musical métal.
Riche en références diverses, cette biographie illustrée met en lumière l’importance des artistes dans nos vies et l’importance de la culture québécoise, aussi rebelle soit-elle. Un documentaire audacieux qui inspirera, nous l’espérons, nos futur.e.s artistes à changer le monde à leur tour. De grâce, PisHier et la Bagnole, continuez de nous épater et de nous faire redécouvrir les trésors de notre culture.

