Porte-parole 2026

Carole Tremblay

Ma mère a travaillé plus de 20 ans dans une bibliothèque de la ville de Montréal. Elle prenait soin des livres, mais surtout des enfants du quartier qui venaient s’y réfugier. Certains pour lire, bien sûr, ou faire leurs devoirs, mais beaucoup pour échapper à des situations familiales difficiles. Parce que, on ne le répètera jamais assez, le rôle des bibliothécaires va bien au-delà du seul classement des ouvrages. 

Ces passionnés de livres sont avant tout des passeurs et des passeuses. Des allumeurs et des allumeuses, capables de transmettre leur passion, de susciter le goût de la lecture, et par ricochet, d’ouvrir des fenêtres sur le monde, de provoquer des réflexions et de faire vivre de grandes émotions. Ils et elles ont, en fait, exactement les mêmes aspirations que les auteurs et les autrices, c’est juste qu’ils et elles sont à un autre endroit de la chaîne. 

C’est vrai pour les gens qui œuvrent dans les bibliothèques municipales, ce l’est encore plus pour les bibliothécaires scolaires, qui entrent en contact avec l’ensemble du jeune public. 

Le prix Espiègle, qui met en lumière des livres qui se démarquent pour leurs qualités littéraires et leur audace, est un bel exemple de leur travail. Et je suis profondément touchée à chaque nouvelle édition du prix de voir le cœur et l’énergie qui sont déployés pour célébrer le pouvoir émancipateur de la littérature jeunesse. 

Du fond du cœur, merci d’être la courroie de transmission enthousiaste entre les auteurs et autrices et les lecteurs et lectrices. 

Merci aussi de tenir la petite flamme de la résistance allumée en ces temps de bouleversement où la liberté d’expression, la liberté d’aimer qui on veut, de vivre comme on veut est de plus en plus menacée. 

C’est bon de savoir que vous êtes là, avec nous, à défendre l’audace, la créativité, la liberté auprès des jeunes, les futurs adultes de demain, qui ont bien besoin qu’on garde le chemin de l’espoir ouvert et qu’on leur rappelle la nécessité de tenir tête à ceux et celles qui tentent de faire reculer les valeurs d’ouverture, d’équité et d’inclusion qui nous tiennent à cœur. 

Il n’y a pas de petits gestes quand il s’agit de défendre ces valeurs-là. Chaque fois qu’un jeune lecteur ou une jeune lectrice ouvre un livre qui lui permet de réfléchir, de développer son esprit critique, de sortir de sa chambre d’écho ou de se sentir enfin compris est une victoire, un pas vers un monde meilleur.

Gagnant

Bibliothèques scolaires du primaire (5 à 11 ans)

La maison cachette, Éditions de La Pastèque

Érika Soucy et Geneviève Bigué

À la maison cachette, il arrive qu’on pleure. C’est comme ça et ce n’est pas du tout grave…

C’est dans cette « maison cachette qui protège de la chicane » qu’une mère décide de se réfugier avec ses enfants en pleine nuit pour mettre un terme au cycle infernal de la violence conjugale. À travers les yeux de la petite Tania, 8 ans, on découvre cette « maison caméléon » et ses drôles de peluches qui prennent vie et réconfortent. Au creux de cet abri, la fillette n’a plus besoin d’être ce « mur indestructible » qui protège son petit frère des cris et des fracas de la colère de leur père. Tania retrouve tranquillement le chemin de l’enfance et de l’insouciance qui l’accompagne.

Par cette bande dessinée d’un grand réalisme, Erika Soucy aborde sans détour un sujet difficile, mais nécessaire. Avec douceur et bienveillance, l’autrice rappelle le rôle essentiel des maisons de transition pour les femmes et les enfants confrontés à la violence d’un parent. Le tout est magnifiquement soutenu par les illustrations de Geneviève Bigué qui nous transportent délicatement de l’ombre vers la lumière, de la lourdeur vers la légèreté, de la tristesse vers les larmes de joie.

Un livre doux qui fait du bien.

Les membres du jury ont également retenu parmi les finalistes C’est qui Dieu, grand-maman?, Marie-Francine Hébert et Catherine Petit, Éditions de La Bagnole ; Je n’aurai plus peur, de Jean-François Sénéchal et Simone Rea, Éditions Comme des géants; Le chien qui voulait un dernier câlin, de Carine Paquin et Laurence Dechassey, Éditions Michel Quintin.

Lauréat

Bibliothèques scolaires du secondaire (12 à 17 ans)

Fleurs de verre, Éditions XYZ

Eve Patenaude

Alitée parce que gravement malade, Théa n’a pas de contacts avec le monde extérieur. Désirant son bonheur, ses parents se procurent son clone automate. Ce dernier vit à sa place et lui télécharge, durant son sommeil, tous les souvenirs générés pendant la journée. Une nuit, Théa n’arrive pas à s’endormir et rencontre par inadvertance son double artificiel. Commence alors une relation entre les deux Théa…

Eve Patenaude s’est inspirée de l’art de créer des fleurs en verre d’une ressemblance troublante avec la réalité pour faire ressortir plusieurs enjeux éthiques très actuels. Est-ce qu’inventer de faux souvenirs peut vraiment nous rendre plus heureux? Où est située la frontière entre la réalité vécue et celle perçue? Le problème sous-jacent ne serait pas plutôt un besoin viscéral de se reconnecter à l’humain, à la relation avec l’autre pour contrer la souffrance de la solitude?

L’univers perturbant de Fleurs de verre provoque des frissons lorsqu’on constate sa proximité avec l’arrivée massive de l'intelligence artificielle dans nos vies. Cette technologie, en constante évolution, est en train de modifier notre rapport au réel, notre définition de la vie et notre conception du bonheur.

Grâce à une prose poétique et des illustrations empreintes d’une grande douceur, Eve Patenaude parvient à aborder ce sujet avec sensibilité et intelligence.

Un album fort et tout en délicatesse, nécessaire pour réfléchir à la suite des choses.

Les membres du jury ont également retenu parmi les finalistes Enflammées, de Chloé Chartrand, Éditions La courte échelle ; De l’or dans les fissures, de Katerine Martin, Éditions de l’Isatis; Morte rose, de Sarah Lalonde, Leméac éditeur.